Des jouets, des joueurs...

Le Parroquet s'est passionné très tôt pour le football. A l'oisiveté d'un après-midi au balcon, il préférait courir derrière le ballon. Un loisir qui apparaît assez sain germain pour se dépenser. Au fil des années, sur les Raï de son enfance, il a doublé son activité de suiveur passionné d’une nouvelle spécialité : Football Manager...


C’est un ami  qui m'a mis la puce à l’orteil. Ce jeu vidéo est le rêve, la consécration de tout passionné de football : prendre le contrôle de n’importe quel club professionnel au monde et le gérer au quotidien. Jusqu’à devenir sélectionneur national et prendre les clés du bus de l'Equipe de France. Au cours de ces parties, les joueurs de Ligue 1 deviennent mes jouets, ou plus exactement mes sujets. Je leur demande le respect et la culture de la victoire. Dans mon équipe, pour obtenir du crédit auprès de ma direction, la maison n’accepte pas l’échec. Au Graët des mois et de mon humeur, je me lance dans des saisons à la tête d’un club, généralement français. J’y impose mes règles, y laisse mon empreinte, m’entoure de joueurs de confiance. Et je rencontre du beau monde…

Tiens, aujourd’hui, je débute une carrière en mai 2013 à Saint-Etienne. Erding-dong, je sonne aux portes du siège stéphanois. « Entrez, c’est tout vert coach », m’annonce le Président Romeyer avec un fort accent forézien. Une accolade chaleureuse et je pénètre dans le couloir orné de photos à la gloire du club. Bientôt, il y aura celles de mon passage, j’en suis convaincu! La démarche sûre, la tête bien droite, j’avance. Je veux faire forte impression : l’as de l’ASSE ce sera moi ! Les salariés se lèvent à mon passage, certains me glissent des mots d’encouragement. Je me sens investi d’une lourde mission. Le chemin se fait plus étroit quand un ange vert passe : Dominique Rocheteau, mon Directeur sportif. Fébrile, il me tend la main. Malgré tout le respect que je lui porte, je lui explique directement qu’il n’aura pas voix au chapitre en matière de transfert. Que ce soit bien clair, je serai le seul et unique tenancier de l’équipe pro. J’ai cette franchise dans le milieu qui fait qu’en un clic, les fâcheux ou indésirables prennent leur claque. Arrivé dans mon vaste bureau, un duplicata de mon contrat signé m’attend. J’émarge à 45 000 mensuels, de quoi à peine me trouver un joli F2 dans le centre-ville pour y dormir comme un Loir. Je prends connaissance de mon staff, et, constatant que le stade évoluera toute la prochaine saison à Guichard fermés, j’ai des Yohan Trémolo dans la voix. Confortablement installé dans mon fauteuil rembourré, je ponctue mon tour du propriétaire par une revue d’effectif… Plutôt fourni et équilibré, il me permet d’envisager un avenir Clément. A part peut-être devant, où le toujours véloce mais rarement décisif Max-Alain en prendra pour son Gradel. Quant à Brandao, colosse aux pieds agiles, ses statistiques montrent qu’il semble quelque peu accablé par le poids des années. Engagé dans sa trente quatrième année, je devrais statuer : soit il reste, soit il samba. Dans mon esprit, tout est limpide : pour s’é-vert-uer à gagner, il me faudra deux recrues offensives pour torpiller les défenses adverses. Car à Saint-Etienne plus qu’ailleurs, c’est bien connu : un vert ça va, deux verts, bonjour les dégâts!

Quelques mois plus tard, le temps de vivre des sacres et d’avoir conduit Sainté des Monts du Forez à l’Everest européen, je me lance dans un nouveau challenge. Conforme aux valeurs actuelles du football qui placent la non fidélité comme principe absolu, je m’engage avec le voisin Lyonnais. Il s’agit d’une nouvelle partie, d’un nouveau pari. Je débarque dans l’ancienne capitale des Gones et suis attendu à la Gare Perrache, par le capitaine Gonalons coiffé comme une perruche. Ah les délires capillaires chez les footeux… Max la menace me conduit directement au centre d’entraînement. Vingt minutes de route, et à mon arrivée, stupeur : j’aperçois immédiatement Sydney Govou à Tola Vologe en compagnie de filles volages. Je fais fi de cette scène ubuesque, il ne fait plus partie de mon effectif et vient ici en jeune retraité et dragueur invétéré. Gonalons d’un habile créneau se gare, je claque la portière et saisit ma serviette en cuir. Je m’insère dans le centre d’entraînement en restant sur mes Garde, on ne sait jamais ce que Rémi, mon prédécesseur, a pu laisser par mégarde… A pas de velours, et non pas à pas de panthère (un emblème qui serait malvenu ici), j’entre directement dans le local des coaches. Je suis d’abord confronté à mon staff, à commencer par Joël, lequel Bats des œufs en neige, source de protéines certaine, en prévision d’un entraînement intensif qui vaudrait à Gomis de faire un nouveau malaise vagal. Car quand Bafetimbi met la Gomis, il lui arrive de vaciller. Prévenant et fin cuisinier, Bats fouette les œufs avec le sourire. C’est pour la bonne cause et Bocuse lui a montré le geste juste… Maxime Gonalons me présente les autres membres de ma garde rapprochée, l’accueil est chaleureux, pas de quoi déclencher une Aulas non plus. Vient alors le temps du vestiaire des joueurs. Il nous faut quitter la première pièce, et monter deux étages. Le vestiaire pro serait-il au Grenier ? Pas loin en réalité. Après deux escaliers, je pousse subitement la porte du point névralgique. S’offre à moi un tableau pas Briand Briand… Lacazette, absent, est à la casa. Umtiti, en caleçon, feint d’être un gros minet devant un Gourcuff médusé… Les deux défenseurs Bisevac et Dabo dansent Koné-serrés au moment où Fofana, fan de techno, affole les platines d’un vestiaire aux allures de dancefloor…Mais où ai-je mis les pieds ? J’ai accepté sans réserve de relever ce challenge, faire triompher l’OL coûte que coûte. Comme je suis un homme de parole et que l’adage « qui ne Bédimo, consent » est ancré en moi, il va y avoir du ménage à Tola Vologe…


Des mois à faire rugir Lyon de plaisir, et me voilà las d’Aulas et de ses ouailles. Il me faut un défi nouveau. Une mission commando, faire grimper au sommet une équipe qui n’y est pas destinée. J’enfile mon Gillot de sauvetage et opte pour Bordeaux. J’ai été séduit par le Triaud magique que je formerai avec le Président et M6, l’actionnaire qui n’actionne pourtant pas les euros, le Top Chef étant à cheval sur son Capital. Non, je choisis Bordeaux pour la beauté du test, pour remettre en lumière le club au scapulaire. Il faut dire qu’après avoir Ramé pendant des années pour toucher enfin les sommets de L1 en se disant, « j’y suis, Giresse »,  le club est tombé d’Hoarau. Je me positionne en homme de la reBellion. Pour mon premier jour au club, je me rends directement au chevet de mes joueurs et de cette équipe bien malade. L’administratif attendra, il me faut prendre le pouls du groupe. Le temps des présentations expédiés, je lance en guise de première phrase, au groupe réuni dans le rond central du terrain d’entraînement : « Messieurs, Sane va pas ! Vous avez éBrechet la confiance du Président, je viens rétablir l’ordre et gagner des titres». Tapi dans l’ombre d’une tribune, Henrique tente de Chalmé le jeu : « Doucement coach svp ! ». N’Guemo est pour sa part impressionné : « Whaou, coach Parroquet a des Faubert de Monrinho ». Je feins de ne pas entendre le compliment, mais je me dis que je ferai de ce joueur un pilier de mon équipe. Je suis comme ça dans Football Manager, je privilégie toujours les flagorneurs! Après les présentations, la compétition. Sans la moindre recrue, question enveloppe budgétaire, Nicolas de la Taverne m’a dit « no ! ». Malgré un départ poussif, une victoire dans le derby de la Garonne lance le Baup départ de mon aventure girondine. Je conduirai le Carrasso blanc/marine dans la première moitié de Ligue 1 sans parvenir au titre. Je m’entête : promis Jussiê, j’y arriverai. Sauf que les limites de ma patience sont vite atteintes et je décide, tel un aigle aux ailes déployés, d’aller Planus sous d’autres cieux…

A la recherche d’un défi excitant, je pense à l’OGC Nice. J’ai une affinité pour deux trois joueurs. Notamment Abriel qui brûle mon esprit. Cependant, je reviens vite à la Ray-son. Avec si peu de moyens, il me faudra prier la Bodmer pour enrichir mon palmarès… Devant le menu principal de Football Manager, je clique, j’hésite. Pourquoi pas Paris ? Les moyens illimités et le chech en Blanc signé par le Président qatarien inspirent mon dédain. On ne m’achète pas! Ce serait trop facile de recruter tous les joueurs d’un coup, d’un seul. Ibracadabra et hop toi tu viens! Mon tempérament plus aventureux, mon envie de déceler des pépites inconnues et peu onéreuses me font privilégier un défi mystérieux, exaltant. Monaco ? N’y pensons pas, les magnas ne me magnétisent pas. Et comme je le précisais, j’ai toujours préféré le caractère inconnu d’un train Chantôme aux montagnes russes ! Marseille ? Si c'est pour que s'amarrent des vedettes, cette aventure ne me mènera pas à Vieux-Port. Je recherche plus une structure saine à taille humaine qui en vaut la peine. LOSC tout d’un coup, mais c’est bien sûr, je songe à Lille. Moi qui connais les lieux, je me rappelle que vivre dans le Nord, Seydoux. Emballé, j’y vais. D’un Pas-de-Calais décidé, je gagne les Flandres. Nous arrivons en fin d’après-midi avec mon agent. Grand Place et grand prince, le capitaine Rio m’accueille. Il m’avoue-bas que les joueurs sont rétifs à mon arrivée. À commencer par celui qui n’a plus de tifs, le teigneux Florent Balmont. Je pense en mon for intérieur qu’il est gonflé de me sous-estimer. J’imagine une parade : s’il commence à faire le fier, je lui rappellerai qu’il n’a plus un poil sur le Kalou! Toutefois, en y repensant, je deviens inquiet à l’idée de commander un groupe modérément enthousiasmé par mon arrivée. Je ne m’attendais pas à ce que mes néo-joueurs se comportent en groupie du Pjanic. Ou même qu’ils entonnent un chant de supporters type «Parroquet, Parroquet…on...t’adule». Mais un peu de retenue serait bienvenue. Ce premier contact avec le capitaine me fait dire que cette partie sera binaire. Tapas ou ça casse. Et finalement ça cassera. Avec des joueurs têtus, peu travailleurs s’économisant Martin et soir, je n’ai Gueye l’occasion de m’illustrer. Je ne verrai finalement pas l’hiver. Impossible d’avoir le dernier mot, les joueurs se prennent pour les Mauroy et ne veulent pas de moi. Après huit journées, je suis démis de mes fonctions et ma réputation vole en débris.

Abattu, je suis au fond du Gouffran. Je quitte le salon et ce malheur d’ordinateur pour aller m’hydrater le visage dans la salle de bain. Le regard hagard, je pense que ce revers n’est pas le fruit du Hazard. Le mal est plus profond. Plus que groggy, je suis abruti par tant de nuits passées et une grosse débauche d’énergie. Je retourne devant mon PC en inspirant fortement. N’ayant pas eu le dernier Motta dans la célèbre cité socialiste, je ne relance pas de nouvelle partie. Je tranche alors. Je convoque mon staff et lui Lens : « j’assume pleinement la responsabilité de cet échec et j'en tire les conclusions en me retirant de la vie footballistique ». Ma tête se baisse, le rideau tombe, j’ai manqué le coach dans ma Carrière d’entraîneur. Soixante heures de jeu et beaucoup de plumes s’envolent. Ainsi qu’une passion, virtuelle. 

 

Moralité : Ne soyez bafana bafana de Football Manager. Si entraîner est entraînant, prenez la clé Deschamps quand l'attachement se fait trop grand !



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