Une-deux avec Stéphane Guy

Fin d’année rime avec tradition revisitée. Avant d’embrasser, le 31 décembre prochain, ses proches sous le gui, Le Parroquet est allé embraser son dictaphone avec l’élégant Stéphane Guy... Un style, une voix, celle du foot anglais notamment, qui oscille entre passion et précision. L’occasion d’en savoir plus sur le journaliste dans une interview non cryptée...

Côté stade

Premier souvenir de journaliste sportif ?

Ma première interview, c’est Marius Trésor, en 1983 ou 1984. C’était pour le journal du collège, il venait à l’occasion de la foire-expo d’Alençon pour une animation pour je ne sais plus qui… Marius Trésor était à cette période un joueur de foot connu, membre de l’Equipe de France de Séville en 1982. Quant à moi, j’étais tout jeune et tout ému de le rencontrer.

 

Une référence, un exemple dans le journalisme sportif ?

J’adorais Thierry Roland. Quand j’étais môme, c’était la voix du foot en France. Après, quand j’ai commencé à comprendre que je voulais faire ce métier, ce n’est pas forcément lui que j’ai pris en référence. Plus des commentateurs de Canal, les Denisot, Gilardi… Mais le premier commentateur qui m’a fait vibrer, c’est Thierry Roland.

 

Votre meilleur match commenté ?

C’est compliqué... Un match que je n’ai pas commenté mais qui m’a beaucoup marqué, c’est une rencontre entre le Real Madrid et Manchester United à Bernabéu, à l’époque de Figo, Ronaldo…Ça m’avait paru extraordinaire comme niveau. Après, dans les matchs que j’ai commentés, il y en a eu tellement de bons… Il y a en quand même un qui m’a marqué pour un but, c’est le derby de Manchester en 2011. United gagne 2-1 sur un retourné de Wayne Rooney. Je ne sais pas si c’est le meilleur match que j’ai commenté mais c’est le moment où j’ai eu le plus de plaisir à commenter un but.

 

Pire match commenté ?

J’ai un souvenir très précis d’un très mauvais match que j’ai commenté. J’étais au tout début de ma carrière, c’était à Charlton, un derby londonien Charlton-Wimbledon, un lundi soir. Il faisait un froid de gueux, il neigeait, j’étais tout seul, perdu là-bas, sans consultant. Mon ami (Gilles) Grimandi était venu m’accompagner plus comme invité que consultant. Il ne s’est rien passé, si ce n’est qu’un striker est entré sur le terrain, en plein hiver… Mais je ne m’en suis pas trop mal tiré puisque Denisot, qui apparemment n’avait rien d’autre à faire ce soir-là, a regardé la rencontre et a semble-t-il apprécié. Je crois que c’est un match qui a eu un impact important dans l’image qu'il s’est faite de moi. Bref un très mauvais match qui a beaucoup compté dans ma carrière.

 

Un commentaire que vous regrettez ?

Je suis très rarement content de moi, donc très critique après les matchs que je commente. On va dire que sur 10 matchs que je couvre, je sors 7 ou 8 fois plutôt mécontent. Spontanément, je n’ai pas de formule que je regrette qui me vient à l’esprit. Il doit y en avoir car malheureusement quand on fait du direct, les mots justes ne viennent pas systématiquement.

 

A contrario, un commentaire, une formule qui a marqué les esprits ?

L’infernal Wayne Rooney ! C’est un surnom qui est venu naturellement, parce que j’ai toujours pensé ça de ce joueur. Je me disais chaque fois que je le voyais jouer : « il est vraiment infernal ! ». À un moment précis, cette appréciation s’est traduite en l’application d’un surnom. « L’infernal Wayne Rooney » est né avant que ce soit sorti en commentaires. Après, j’aime bien les formules qui claquent sur les buts mais c'est plutôt rare à trouver malheureusement.

 

Le match le plus prolifique ?

Je ne sais pas si c’est le plus prolifique mais le match de Ligue des Champions entre Manchester United et l’AS Rome en 2007 l’a été particulièrement. Man U gagne 7-1, Evra avait marqué. Je me souviens être accompagné d’un môme qui n’avait jamais vu un match de foot de sa vie. Un jeune stagiaire que j’avais emmené au stade pour la première fois, à Old Trafford, et qui avait eu droit à cette démonstration.

 

Une ambiance marquante dans un stade ?

Liverpool. Pour moi s’il y a une ambiance marquante en Europe, c’est Liverpool. Je n’ai pas commenté le match mais j’étais à Anfield un soir de Ligue des Champions en 2009, un huitième de finale où ils mettent 4-0 au Real Madrid avec Benitez. C’était exceptionnel. Vraiment exceptionnel.

 

Un joueur qui s’est montré proche des médias ?

Quand j’ai démarré, je sentais que (Robert) Pirès était quelqu’un de très amical avec les médias. Après, je n’ai jamais construit mon métier dans la relation personnelle et individuelle avec les joueurs. Même si effectivement il y en a avec lesquels j’ai une relation étroite. Patrice Evra, à Manchester United, a par exemple toujours été quelqu’un pour moi de très coopératif.

 

À l’inverse, des joueurs très distants des médias ?

Le joueur dont je garde un très mauvais souvenir, c’est David Trezeguet. Après un Juve-Real où il avait marqué un but extraordinaire, je ne sais pour quelle raison, il a refusé de me parler. Il a fait toutes les autres télés, toutes les autres radios, mais pas moi. Je n’avais aucun contentieux personnel avec lui et cette attitude-là, ça m’a fâché. Je lui ai dit droit dans les yeux que c’était inadmissible.

 

Vous délaissez le micro pour les crampons. Quel type de joueur seriez-vous ?

Oh la! Je serais un chasseur de but. Je ne serais pas brillant, mais je serais un besogneux, un attaquant renard des surfaces.

 

Des joueurs dont on ne parle pas assez en Ligue 1 ?

(il réfléchit) Pour moi, le meilleur joueur de Ligue 1 c’est Payet. L'OM lui doit beaucoup. Il est d’une régularité incroyable dans l’exceptionnel. Comme joueur dont on ne parle pas assez, il y en a un que j’aime beaucoup, Sylvain Marveaux à Guingamp. Je l’ai vu jouer à Newcastle et je trouvais que c’était un talent pas assez connu. Après, chez les joueurs référencés, un attaquant avec lequel je pense qu'on est juste au début de l’histoire, c’est Alexandre Lacazette. Thauvin aussi semble avoir un caractère de champion. J’aime bien également les ennemis publics numéro 1, les joueurs sur lesquels on s’acharne et qui ne le méritent pas comme Kurzawa à Monaco. Il n’y a aucune raison de lui tomber sur le poil !

 

Une découverte ?

Nkoudou, le nantais de 19 ans. Si les petits cochons ne le mangent pas…

 

"L'infernal Wayne Rooney" auteur d'un retourné magistral contre City en 2011
"L'infernal Wayne Rooney" auteur d'un retourné magistral contre City en 2011

Côté vestiaire

La profession que vous auriez exercée si vous n’étiez pas devenu journaliste ?

Quand j’étais enfant, je voulais être professeur de poèmes. Je crois que c’est ce que j’aurais fait !

 

La personnalité avec laquelle on vous confond dans la rue ?

On me confond avec plein de confrères commentateurs de foot. Pas toujours pour le meilleur, malheureusement... (sourire en coin)

 

Une passion hors foot ?

Plein. Ma grande passion, c’est le Général de Gaulle. C’est plutôt une grande admiration. J’ai une bibliothèque assez phénoménale sur lui.

 

Une ville qui vous inspire ?

Paris.

 

Le dernier livre que vous avez lu ?

Un bouquin sur de Gaulle : Tout est fichuLes coups de blues du Général (de Christine Clerc, ed. Albin Michel).

 

Un petit plaisir quand vous rentrez d’un déplacement de 3 jours ?

Ce que j’adore faire, surtout dans la vie qu’on mène, c’est aller au cinéma. Hier soir, je suis allé voir le film sur Lech Walesa d’Andrzej Wajda (L’homme du peuple ndlr). J’adore ça. Dans la société d’aujourd’hui, où nous sommes toujours connectés à un ordinateur, à un mobile, le cinéma est l’un des rares moments où l’on arrive à être concentré sur quelque chose, sans distraction, pendant deux heures.

 

Une personnalité que vous souhaiteriez rencontrer ?

J’aurais adoré échanger en profondeur avec Alex Ferguson. Je l’ai rencontré, j’ai quelques interviews comme ça un peu bidon avec lui, mais il fait partie des gens avec lesquels je souhaiterais échanger sur le fond, sur leur métier.

 

L’émission non sportive que vous souhaiteriez présenter?

Difficile, je regarde très peu la télévision… Ah, si, j’aurais aimé présenter La grande librairie sur France 5. J’adore les émissions littéraires. Oui, La grande librairie, ça m’aurait bien plu…

 

Une destination rêvée pour les vacances ?

Plein de choses… Il y a quand même un truc que je n’ai jamais fait, je ne suis jamais allé aux Etats-Unis. Je dirais donc New-York !

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Commentaires : 4
  • #1

    Quatuor Magique (mercredi, 10 décembre 2014 16:14)

    J'aurais aimé que Stéphane nous donne son avis sur des joueurs vraiment sous-côtés de la ligue 1. Lacazette, Payet, Thauvin, Kurzawa... tous des internationaux quasiment qui ne sont pas des novices. Ou des futures découvertes type Doucouré à Rennes, Bryan Pelé à Lorient, Gillet à Bastia, sur la fin mais tellement impressionnant depuis le début de saison.
    Sinon c'est instructif

  • #2

    Nicolas91 (mercredi, 31 décembre 2014 11:50)

    Interview géniale d'un commentateur qui apporte toute son élégance et sa précision au foot. Vraiment le meilleur journaliste de C+

  • #3

    JP (dimanche, 04 janvier 2015 22:26)

    Sympa le Parroquet! Stephane Guy c'est quand même autre chose que l'homme au trois prénom, Christian Jean-Pierre! Je suis sûr que c'est lui dont il fait mention quand il dit qu'on le confond avec des confrères pas toujours pour le meilleur... En tout cas, cool de voir la face cachée de ce journaliste de foot classe

  • #4

    Thomas (lundi, 05 janvier 2015 00:33)

    Ah le retourné de Wayne Rooney contre City... J'en frissonne encore. Sympa d'apprendre qu'Evra n'est pas le sale type que les médias ou Pierre Menes veulent présenter... J'adore Stephane Guy, son seul problème c'est ses consultants... Sauzée, Desailly : au secours... Ah quand un tandem avec Le Parroquet ;)? Un goût certain des mots pour les deux, du style, et quitte à avoir un consultant qui répète ce que dit le commentateur autant que ce soit un Perroquet! :-)