Emilie, jeune chef de clinique en psychiatrie, Limoges

Pour Emilie, c'est le grand saut. Après 11 années d'études post bac ponctuées par une thèse dédiée à l'hypnose, ce lundi rime avec nouvelle vie. Celle de chef de clinique en psychiatrie...

 

Peux-tu te présenter Emilie?

Emilie, 29 ans, je suis née à Limoges et j'y suis restée. Depuis que j'ai passé ma thèse la semaine dernière, je suis chef de clinique en psychiatrie. C'est à dire que je suis un jeune docteur avec à la fois une activité clinique et universitaire. 

 

Quel est ton parcours pour devenir psychiatre? 

Initialement, j'ai toujours pensé devenir vétérinaire. Les circonstances ont fait que je suis restée à Limoges. En terminale, mon professeur d'histoire qui n'approuvait pas mon choix d'orientation en prépas, m'a fait rencontrer sa fille qui était en 4ème année de médecine. Elle m'a raconté sa vie d'externe et ça m'a plu. Je baignais pourtant dans le milieu médical mais je dois dire que c'est cette rencontre qui a eu une incidence sur mon choix. J'ai toujours aimé le contact avec les gens et la médecine est un univers qui le favorise. Au début je me voyais en chirurgie, j'ai fait tous les stages possibles durant mon externat dans les services de chirurgie. Jusqu'au jour où je suis passée en psychiatrie par curiosité et ça a été la révélation...


Pourquoi la psychiatrie alors?

Je pense que c'est une spécialité où il y a beaucoup de choses à découvrir, qui nécessite de la réflexion et ça m'a attiré. Ce n'est pas mécanique, c'est une remise en cause de certains principes. Et puis j'ai rencontré un médecin dont j'admire la pratique et le contact humain. Il a su me transmettre son goût pour cette spécialité.

 

 «L'hypnose traîne encore une grosse connotation mystique, (...) or on a pu mettre en évidence les preuves de son efficacité»

 

Ta thèse est consacrée à la pratique de l'hypnose. Un sujet original dans un univers que l'on imagine très cartésien...

On a tous besoin d'un outil particulier. Je cherchais à avoir recours à des techniques de thérapie, en complément de notre formation initiale et de la prescription de médicaments, qui tiennent surtout compte de la demande des patients. Et une opportunité s'est présentée : une formation validante s'ouvrait en hypnose à Limoges. Encore une fois, par curiosité, je m'y suis intéressée puis vraiment plongée, surtout après les premiers résultats positifs constatés. Les patients sont contents que l'on s'intéresse à eux et ils arrivent très vite à accéder à des sujets qu'ils n'abordent pas spontanément en consultation classique. Les résultats s'obtiennent par cet échange, grâce à l'implication des patients dans la thérapie. Sortant d'un Master II avec un sujet de recherche classique, j'ai choisi l'hypnose comme objet de thèse, un peu par provocation.

 

L'hypnose est aujourd'hui sous les feux des projecteurs médiatiques à travers des shows. Son caractère spectaculaire rend le public incrédule. Qu'en pense le médecin?

D'emblée, c'est important d'expliquer la différence entre l'hypnose thérapeutique et l'hypnose de spectacle. Au contraire des grandes démonstrations où le sujet est passif et subit les effets de l'hypnose, en médecine, il est actif et coconstruit sa thérapie. Après, dans les deux types d'hypnose, on observe les mêmes signes de transe, le même état de conscience modifiée... Mais nous, notre démarche est orientée vers une amélioration médicale même si le patient ne vit pas les contraintes thérapeutiques comme la prise d'un traitement. L'hypnose traîne encore une grosse connotation mystique, or, grâce aux nouvelles techniques d'imagerie médicale, on a pu mettre en évidence les preuves de son efficacité en expliquant le fonctionnement cérébral qui correspond à l'amélioration.

 

«La thèse? C'est difficile de se satisfaire de ce qu'on a fait et de clôturer un sujet qui paraît "inclôturable"»

 

Tu es fraîchement diplômée de médecine. Parle-nous de la grande aventure qu'est la thèse...

La thèse peut être considérée comme le point d'orgue de 11 années d'études. Moi, je ne me suis lancée qu'un an avant, ce qui est peu par rapport à la plupart des gens. C'est un investissement de plus en plus important à mesure que l'échéance se rapproche, qui fait sacrifier quelques nuits, même beaucoup à la fin... On se dit qu'on aurait pu faire plus et mieux, c'est difficile de se satisfaire de ce qu'on a fait et de clôturer un sujet qui paraît "inclôturable" de toute façon. Cependant, une fois la thèse imprimée, c'est un soulagement. La mienne faisait 250 pages, un bon petit pavé! Après vient l'oral. Je n'ai jamais été aussi mal. En médecine, on choisit son jury, et ce n'est pas forcément évident d'être évaluée par des maîtres qu'on admire. La présentation de thèse est ouverte au public, on peut convier de la famille, des amis. Dans mon cas, j'ai limité les invitations aux gens que j'aimais bien, pour atténuer la pression. Mais finalement c'est toujours impressionnant d'afficher le résultat de son travail devant des proches qui ne nous voient pas sous cet angle-là habituellement. Après, ça passe très vite : 20 minutes de présentation puis une heure de discussion. Un temps court au regard de la préparation. On est soulagé quand on boit le champagne!

 

Ce lundi marque ton premier jour en tant que chef de clinique. Continuité ou nouvelle vie?

Continuité parce que j'ai déjà travaillé dans le service et j'ai déjà eu le même type de consultations. Je poursuis le travail entrepris ces derniers mois mais avec un autre poste et une meilleure paie! La part nouvelle, ce sont les cours aux étudiants, peut-être me sentir ma propre chef et avoir la responsabilité d'une interne que j'étais encore il y a quelques jours. Sur ce plan, on ne se sent peut-être pas encore totalement légitime quand on a le même âge et qu'on doit guider la personne.

 

Pour finir, quel regard portes-tu sur le film Hippocrate actuellement en salles?

J'ai pensé que c'était très bien fait et très vrai malheureusement. Au début de l'internat, cette grande masse de responsabilités qui nous tombe dessus alors qu'on n'a pas nécessairement la maturité, est difficile à gérer. Le film fait écho à des situations vécues. Par exemple le mythe de la "tâche propre" sur la blouse, c'est mon premier souvenir d'internat!


Un autre inconnu? Découvrez aussi...

Un autre inconnu de la semaine?

Lisa, caviste, Boulogne-Billancourt.
Lisa, caviste, Boulogne-Billancourt.
Claire, hôtesse fashion week.
Claire, hôtesse fashion week.
Alexia & Kévin, expatriés au Canada.
Alexia & Kévin, expatriés au Canada.
Jérôme, artificier.
Jérôme, artificier.
Antoine, comédien.
Antoine, comédien.
Damien, journaliste auto.
Damien, journaliste auto.
Aude & Hugo, libraires.
Aude & Hugo, libraires.
Lise, CPE.
Lise, CPE.
Romain, caravane du Tour.
Romain, caravane du Tour.
Christian, cordonnier.
Christian, cordonnier.
Emilie, jeune psychiatre.
Emilie, jeune psychiatre.
Laurent, bistrotier.
Laurent, bistrotier.
Nathalie, arbitre de football
Nathalie, arbitre de football
Elyas, steward de train.
Elyas, steward de train.
Marija, logeuse.
Marija, logeuse.


Lisa, caviste, Boulogne-Billancourt.
Lisa, caviste, Boulogne-Billancourt.
Claire, hôtesse fashion week.
Claire, hôtesse fashion week.
Alexia & Kévin, expatriés au Canada.
Alexia & Kévin, expatriés au Canada.
Jérôme, artificier.
Jérôme, artificier.
Antoine, comédien.
Antoine, comédien.
Damien, journaliste auto.
Damien, journaliste auto.
Aude & Hugo, libraires.
Aude & Hugo, libraires.
Lise, CPE.
Lise, CPE.
Romain, caravane du Tour.
Romain, caravane du Tour.
Christian, cordonnier.
Christian, cordonnier.
Emilie, jeune psychiatre.
Emilie, jeune psychiatre.
Laurent, bistrotier.
Laurent, bistrotier.
Nathalie, arbitre de football
Nathalie, arbitre de football
Elyas, steward de train.
Elyas, steward de train.
Marija, logeuse.
Marija, logeuse.

Écrire commentaire

Commentaires : 2
  • #1

    Loïc (vendredi, 07 novembre 2014 09:09)

    Quelle bonne chose que l'hypnose, quand cela peut empêcher la prise de médicaments mettant les gens dans un état second incontrôlé, une fois hors de la portée du practicien.
    Reste à espérer que cette spécialité continue à se développer.

  • #2

    Julien (lundi, 17 novembre 2014 10:45)

    Passionnante rencontre! C'est beau de voir de jeunes médecins tournés vers des spécialités moins connues et reconnues mais tellement plus complexes... J'en ai aussi appris plus sur l'hypnose que je n'associais pas du tout à la médecine.