Nathalie, arbitre de football, Nancy

Cette semaine, le Parroquet a rencontré une commerciale et découvert une arbitre de football de haut niveau. L’occasion de ne surtout pas lui couper le sifflet!

Qui es-tu Nathalie ?

Je m’appelle Nathalie, j’ai 30 ans et je vis à Nancy. Je suis chef de publicité dans une régie publicitaire et arbitre de football pour la ligue de Lorraine depuis 15 ans.

 

Comment es-tu devenue arbitre de football ?

C’est une affaire familiale ! Mon papa était arbitre de football en Ligue. Mon grand frère, qui a six ans de plus que moi, a repris le flambeau ensuite à un niveau supérieur. Il a notamment arbitré la finale de la coupe Gambardella en 2000. Et puis, à force de les accompagner, j’ai eu envie de me lancer à mon tour.

 

Quel niveau arbitres-tu ?

Aujourd’hui, j’arbitre en DH (6ème division française ndlr). J’ai arbitré jusqu’en CFA (4ème division française ndlr) en 2010 et en D1 féminine jusqu’à il y a deux ans. Mais des pépins de santé en 2012 ont gelé ma saison 2012-2013  et m’ont fait perdre mon titre d’arbitre fédéral en féminines. J’espère le retrouver l’année prochaine.


« A 15 ans, quand il a fallu gérer 22 joueurs de mon âge, de surcroit des garçons, ça a forgé le caractère »

 

Comment devient-on arbitre fédéral au plus haut niveau féminin ?

Via un examen théorique et physique. L’examen théorique débute par un questionnaire d’une heure sur 90 points. Il porte sur des connaissances techniques, les lois du jeu. Ensuite, il y a deux dissertations pendant 2h30. Une dissertation technique, sur dix points. Un sujet par exemple : « la loi 13 relative aux coups francs ». Puis une deuxième dissertation plus générale sur 20 points type « que pensez-vous de l’arbitrage vidéo ». Dans un deuxième temps place à l’examen physique avec le test Werner-Helsen. Ça consiste à courir 150 mètres en 35 secondes, puis récupérer en marchant sur 50 mètres. Il faut le faire 20 fois. Quand tu as validé la théorie et à la pratique, tu peux arbitrer en D1 féminine. A partir de là, nous sommes inspectés à quatre reprises en match officiel. Nous sommes toujours prévenus de ce contrôle en amont, 15 jours avant le match environ. Lors du match, une note est attribuée par le superviseur puis un classement des arbitres est établi. Le but est d’être bien noté.  

 

Quel plaisir tires-tu dans l’arbitrage ?

J’adore le foot. Je suis une très mauvaise joueuse, l’arbitrage me permet de vivre ma passion sans savoir jouer ! Après, naturellement, il y a la dimension humaine. À 15 ans, quand j’ai commencé, ça a été une vraie école de la vie. Quand il a fallu gérer 22 joueurs de mon âge, de surcroit des garçons, ça a forgé le caractère. Ensuite, tu te prends au jeu. Plus tu montes dans l’arbitrage, plus le match est  agréable techniquement. C’est un vrai plaisir. Le foot est un spectacle et nous, les arbitres, sommes là pour être partenaires du jeu. C’est d’ailleurs le nouveau slogan de l’arbitrage. Pour moi, l’arbitre n’est pas une star, il doit laisser vivre le jeu, le rendre le plus fluide possible. On n’est certes pas en Angleterre où l’arbitrage est très permissif, mais notre objectif, en France, est de toujours favoriser le jeu.

 

« Depuis que j’ai commencé, il y a souvent eu des petites phrases misogynes. Mais aussi une forme de respect que l’arbitre homme n’aura pas toujours »

 

Une préférence pour le football : féminin ou masculin ?

C’est complétement différent. Le foot masculin va être plus rapide, plus physique avec plus d’engagement. Maintenant, chez les filles, depuis une dizaine d’années, on observe une évolution portée par des clubs qui se professionnalisent comme l’Olympique Lyonnais et le PSG notamment. On arrive à de la tactique, du fond du jeu. Il y a 15 jours, l’OL a gagné 15-0 contre Metz. Le reflet d’une équipe composée de joueuses pro qui affronte des amateurs. En termes d’arbitrage, j’ai le même plaisir. En D1 féminine, j’ai arbitré l’OL à Gerland et il y avait un réel engouement. C’était très sympa. Après, quand on compare la CFA masculine et la D1 féminine, c’est évident que le match des hommes sera supérieur en termes de jeu et d’intensité, à l’exception des grosses cylindrées pro en féminines.


Ressens-tu parfois une forme de sexisme sur les terrains ?

Oui, bien sûr. Depuis que j’ai commencé, il y a souvent eu de la part des spectateurs des petites phrases misogynes comme «retourne à tes casseroles». Cependant,  il y a des côtés positifs, une forme de respect vis-à-vis de la femme que l’arbitre homme n’aura pas toujours. Par exemple, si l’on prend un match en U19 (jeunes de moins de 19 ans ndlr), c’est la pire des catégories. Les joueurs ne sont plus des enfants mais pas encore des adultes. Ce n’est pas évident de tenir 22 gamins qui sont toujours prêts à râler et se montrent impulsifs. Un arbitre homme va souvent entrer dans le rôle du gendarme, strict et assez fermé. Le fait de voir une femme qui parle différemment et se montre plus souple est un atout. De manière générale, quand l’arbitre féminin est aussi bon techniquement qu’un homme, tout le monde -joueurs, dirigeants- aura tendance à préférer l’arbitre féminin. On me dit souvent : « c’est mieux d’avoir une femme, vous souriez, il y a plus de respect, plus de calme, de sérénité ». À l’inverse, si on fait une erreur, ça ne pardonne pas ! Ça part dans le sens inverse, sous l’angle « normal qu’elle se soit trompée, c’est une femme ! »

 

De la drague de certains joueurs parfois ?

De la « dragounette », oui, ça arrive forcément. Ça fait partie du jeu. Je dirais même que ça joue en ma faveur : je vais pouvoir jouer sur cette corde auprès des joueurs « dragouilleurs » pour faire de la prévention. Après c’est toujours gentil, respectueux. Et puis il faut s’affirmer. Un arbitre, à mon sens, doit avoir de la personnalité. Ce qui fait la différence entre un arbitre et un autre, c’est sa personnalité. 


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