Retour en zone avec Frédéric Forte

À l'heure des exploits de l'équipe de France de basket-ball, Le Parroquet a rencontré l'ancien meneur des Bleus, aujourd'hui Président du Limoges CSP. Autant jouer franc jeu, Le Parroquet connaît bien ce drôle d'oiseau, numéro 4 volatile sur les parquets, qui a évolué en France, Grèce et Italie. D'où cette  interview déplumante, sans tourner autour du cercle !

Acte I : le joueur

Premier souvenir de joueur pro.

Avec le CBC à Caen, le 3 ou 4 janvier 1987. Je rentre dans le 5 majeur face à Cholet, juste avant mes 17 ans.

 

Dernier souvenir de joueur.

Mon dernier match en Italie contre le Kinder Bologne. Quand j’entre sur le terrain, je sais que c’est mon dernier match…

 

Premier gros achat une fois devenu joueur pro.

Mon premier achat, c’est un jean. J’avais 16 ans ! Niveau gros achat, je n’en ai jamais  fait… Ah si mon premier gros achat, c’est un placement, une maison. J’ai tout de suite voulu investir dans un bien immobilier, par sécurité.

 

Meilleur coéquipier.

Olivier Bourgain.

 

Meilleur adversaire, le plus dur à jouer.

Collectivement ça reste Pau-Orthez. Ce sont des matchs où l’on a envie qu’il se passe quelque chose. On sait qu’on est regardé, on sait qu’il faut être bon... Dans l’histoire, c’est bien d’avoir ces affrontements-là.

 

Le joueur le plus impressionnant rencontré.

Michael Jordan, lors de France-USA à Monaco en 1992. Les autres après ce match paraissent plus faciles !

 

Meilleur ami.

Olivier Bourgain.

 

Meilleur ennemi.

Forcément ça a été un Palois (rires)  ! Je dirais Didier Gadou. La définition que j’ai faite de lui est que c’est le seul Palois respectable que l’on pouvait côtoyer !

 

Meilleur coach.

Božidar Maljković.

 

Meilleur défenseur.

Il y en a un paquet… Je pense que ça reste Richard Dacoury. Quand on était à l’entrainement l’un contre l’autre, c’était un enfer.

 

Meilleur attaquant.

Michael Young.

 

La plus belle action.

L’interception en finale de la coupe d'Europe 1993 bien-sûr.

 

Plus beau panier marqué inscrit.

Alors là…(il réflechit) Ah si… Quand je suis avec Gravelines en 1989, on joue les play-offs contre Paris. Le vainqueur de ce match est qualifié en coupe d’Europe. A l’époque, le Président de Gravelines était Albert Denvers. Il avait 85 ans et son grand rêve était de voir son équipe disputer une coupe d’Europe. Je marque le panier de la gagne au buzzer. Celui qui nous qualifie. Et là, je vois un homme de 85 ans en pleurs. Un homme avec un CV long comme le bras, un parcours pendant la guerre comme on peut l’imaginer, un homme politique… Et il pleure… Et ça, au-delà du panier c’est une symbolique forte.

 

La plus belle ambiance.

1994, quart de finale au Panatinaikos où l’on ne joue pas dans la grande salle du Pana mais dans une plus petite à Glyfada. Dans une salle de 3200 spectateurs, ils ont dû en mettre 7000. Les gens fumaient dedans. Du fond de touche d’un côté du terrain, on ne voyait pas le panier en face. C’était quelque chose... Évidemment, aux limites de la sécurité, mais ça reste exceptionnel.

 

Le plus beau titre.

Champion d’Europe en 1993. Mais aussi, même si ce n’est pas un titre, le match face à la dream team en 1992, la seule, la vraie, à Monaco. Jouer Michael Jordan, Magic Johnson, c’est fabuleux.

 


Acte II : le Président

Premier souvenir.

Le 6 juillet 2004, l’arrivée à Limoges en tant que touriste, simple ancien qui vient prendre des informations. Quand je vois le climat délétère qu’il y avait, la difficulté générale du club... 5 minutes après, tu sens que ta vie est en train de basculer. C’est difficilement explicable, mais tu sens qu’il est en train de se passer quelque chose et que tu vas peut-être avoir un rôle alors que ce n’était pas du tout prévu. Et là tu te dis : « merde, si ça se passe mal, je peux finir Président ! » (rires).

 

Logo préféré.

Le dernier. Il est sobre, j’aime bien.

 

Défaite la plus douloureuse.

Contre Paris, en 2005. On perd à Levallois le match de la montée en Pro B.

 

Victoire la plus savoureuse.

C’est quand même la dernière, Strasbourg. Être champion dans sa salle, c’est beau. Vu le contexte général, sportif, les ambitions qu’on a... Même… Je ne vais pas développer… Mais oui c’était superbe.

 

Le transfert le plus facile à boucler.

Ce ne peut pas être le transfert d’un joueur de Pascal Levy (agent de joueur, ndlr) donc je dirais Alex Acker, l’année dernière. Étonnement facile à boucler. Ça s’est fait en 5 minutes.

 

Le transfert le plus dur à boucler.

C’est forcément un joueur de Pascal Levy (rires) ! Je dirais Nobel (Boungou Colo), sans hésiter. Son arrivée, la prolongation cet été... Oui, ce ne peut être que Nobel !

 

Le plus gros coup de gueule.

J’entre très peu dans le vestiaire. Je suis un Président heureux, je n’ai pas souvent l’occasion de pousser de coup de gueule (rires) ! Après, le plus gros conflit à gérer, c’était un différend entre Varnie « Marbu » Denis et Dawan Robinson. Qu’est-ce que ça a été chaud…

 

Plus grande joie.

Qualifier l’équipe en Euroleague.

 

Meilleure décision.

Arrêter le coaching.

 

Pire décision.

De manière plus personnelle, d’avoir accepté de prendre cette décision-là.

 

Pire décision pour le club.

De l’avoir repris en 2004 !

 

Joueur qui a le plus impressionné.

(longue réflexion) Je crois qu’on ne l’a pas encore recruté celui-là… J’ai quand même envie de dire Jamar Smith. Je ne l’ai pas encore vu jouer sous nos couleurs (interview réalisée fin août ndlr) mais j’y crois dur comme fer.

 

Joueur qui a le plus déçu, non conforme à ce qui était attendu.

Dragan Lukovski, forcément. Ancien champion du monde, c’était le joueur dont n’importe quel président rêvait. Même en Pro A, alors en Pro B, je n’en parle pas... Il n’a malheureusement jamais pu aligner deux entrainements de suite. Un corps vieillissant alors qu’il n’était pas vieux… Une fragilité alors qu’il passe tous les tests médicaux en étant exceptionnel... On le signe deux ans. On n’a aucun moyen de se douter qu’il ne pourra pas enchaîner. Ça aurait dû être deux ans de velours, ça a été deux années difficiles.

 

Le joueur majeur le plus dur à gérer.

Forcément, un de l’année dernière… Heu non, non il y en a eu avant : Dawan Robinson n’a pas été facile, « Marbu » non plus. Sur l’effectif de l’an dernier, il y en a eu quelques-uns… Nobel n’a pas été facile voire un peu difficile (sourire). Alex avait son petit caractère, JR aussi… Si on reprend dans les années d’avant, il y en a eu un paquet aussi… Chris Massie, pas facile. Landon Milbourne de même... Mais tous ces joueurs-là pas faciles sont aussi de très grands joueurs. Je reste persuadé que c’est difficile de dissocier les deux. Il faut du caractère pour être un grand joueur. Et donc, quand on veut un grand joueur, il faut accepter qu’il ait du caractère. À condition que ça ne devienne pas du mauvais caractère.

 

Le joueur majeur le plus facile à gérer.

Le plus grand joueur avec lequel j’ai joué, Michael Young, était le plus facile à gérer dans toutes les situations. En tant que Président, Adrien (Moerman), même s’il n’est pas toujours facile, a tellement un gros cœur qu’on lui pardonne un petit peu tout. Comme joueur facile à gérer, je pense aussi à Jo Gomis. Johan Petro également. Quelle crème ! On n’a pas assez mis l’accent sur tout ce qu’il nous a apporté l’année dernière, au-delà du sportif. Dans le titre, il est très important.

 

Le coach le plus facile à signer.

Jean-Marc Dupraz.

 

Le coach le plus difficile à signer.

Pannagiotis Giannakis.

 

Les 5 équipes à suivre cette saison.

Je pense que Strasbourg va être très fort. Je dirais aussi Paris, l’ASVEL, Nanterre et Le Mans.

 

Le vainqueur de l’Euroligue 2014/15.

Si on n’a pas de problème de blessures ou d’avion, je pense que ce sera bon (rires) !

 



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Commentaires : 4
  • #1

    Pierre (mercredi, 17 septembre 2014 18:00)

    Interview très sympa. On apprend des choses! Je trouve le Prési assez soft avec l'équipe de l'année dernière : peut-être qu'on a exagéré l'ambiance entre les joueurs...

  • #2

    Baptiste (mercredi, 17 septembre 2014 18:16)

    "Et là tu te dis : «merde, si ça se passe mal, je peux finir Président !»." J'adore! Super interview, très originale!

  • #3

    Claire (lundi, 22 septembre 2014 18:03)

    Génial! Allleeeezzz le CSPPPP! Une belle interview où l'on découvre les coulisses, très sympa! Merci pour le lien!

  • #4

    Jacques (lundi, 06 octobre 2014)

    Le Président l'avait dit dans cette interview, Jamar Smith c'est du lourd! Allez Limoges! Et merci pour cette interview très cash, ça change du Popu!