Lise, Conseillère Principale d'Education, Lyon

Lise a 30 ans. Fille de CPE, elle a choisi cette voie après une expérience de surveillante. "Mais attention, je ne suis pas une mère fouettarde!" coupe-t-elle d'emblée pour éviter toute assimilation qui serait réductrice. Rencontre avec une jeune CPE qui exerce son métier avec des valeurs fortes...

Alors cette rentrée? 

Elle s'est très bien passée. Je suis CPE dans un collège de 550 élèves, en augmentation de 50 élèves pour la rentrée 2014/2015, soit deux classes supplémentaires. Je suis la seule CPE et je travaille avec 8 assistants d'éducation (AED), le terme utilisé aujourd'hui pour désigner les surveillants. Pour la première fois je connaissais déjà les élèves, ce qui permet de bien les suivre. Auparavant j'étais TZR (Titulaire sur Zone de Remplacement), chaque année je changeais de collège ou de lycée. 

 

Qu'est ce qu'un conseiller principal d’éducation?

C'est une fonction qui doit assurer un cadre aux élèves : je contrôle leurs absences, leurs retards et les cas d'indiscipline. Mais au-delà des définitions des statuts, le fonctionnement du CPE est propre à la personnalité de chacun. Selon ses intérêts et les besoins de l'établissement,  le CPE peut contribuer à mener des actions ciblées : en ce moment je prépare la formation des délégués de classe bientôt élus. Je suis sûre que ça doit évoquer des souvenirs à chacun ! Le CPE est avant tout quelqu'un qui travaille avec. Avec les professeurs, avec les assistants d'éducation, avec les agents d'entretien, les parents d'élèves, l'infirmière... Je ne peux pas travailler sans eux. C'est cette polyvalence qui me passionne. Le terme "vie scolaire" est parfois difficile à cerner car il recouvre plusieurs aspects : des personnes -le CPE et les AED-, des lieux -bureaux- et des moments particuliers de la journée d'un élève : entrée, sortie au portail, permanence, self... 


«CPE, c'est un concours difficile à avoir :

seulement 3% de réussite quand je l'ai passé en 2009»

 

Un CPE est-il un professeur qui s'ignore ou un professeur contrarié?

Non pas du tout, c'est un métier bien à part. CPE, c'est un concours difficile à avoir : seulement 3% de réussite quand je l'ai passé en 2009. Dans l'esprit du public, le professeur transmettrait quand le CPE réprimanderait. On serait ce qu'on appelait avant "surveillant général". Ce n'est pas vrai. Nous avons un métier avec une identité à valoriser. Nous sommes parfois isolés puisque quand un établissement compte 50 professeurs, il n'y a qu'un seul CPE. Après, comme le professeur, le CPE a un rôle pédagogique. On transmet aussi des savoir-faire comme la formation des délégués. Et des savoir-être, par exemple la notion de respect.

 

Quelle est ton approche du métier? 

Ça peut paraître cliché mais j'essaie d'être le plus juste possible vis à vis des élèves. Je porte une attention particulière au respect des valeurs républicaines : le respect et la citoyenneté. Je dis souvent que le collège est une mini-société. Notre rôle est de donner les meilleures conditions aux élèves pour obtenir un diplôme, au collège le DNB (Diplôme National du Brevet). J'ai conscience que notre rôle est d'assurer leur sécurité, de les aider à s'épanouir et s'intégrer dans notre société qui est parfois dure.

 

«L'école est souvent sanctuarisée. C'est certes un cocon mais il faut travailler avec les parents d'élèves»

 

Qui est le plus dur à gérer, les enfants ou les parents?

Dans notre formation, on apprenait à régler des problèmes d’élèves. Mais on étudiait très peu les rapports avec les parents. L'école est souvent sanctuarisée, c'est certes un cocon mais il faut travailler avec les parents d'élèves. On partage le même objectif. Quand j'étais TZR, j'ai connu différents types d'établissements, de Torcy à Ferney-Voltaire, avec des parents d'élèves de milieux opposés. Chaque catégorie socio-professionnelle a ses particularités et ses exigences. Mais tous ont la même volonté, voir leur enfant réussir. J'ai eu des parents qui sont venus me demander de faire enlever un retard sur le bulletin scolaire parce qu'ils voulaient que leur enfant aille à Harvard. Et d'autres qui ne voulaient pas de rapports d'incidents afin de ne pas entacher le dossier de leur enfant dans le cadre d'une recherche de CAP.

 

As-tu déjà eu peur d'élèves?

Pour l'instant, jamais. Je n'ai jamais eu affaire à de "grands vilains". Peut-être que le fait de ne pas avoir peur d'intervenir et de les séparer, sans forcément les ceinturer, stoppe les élèves. Je ne mets pas non plus en danger et demande de l'aide s'il y a besoin car il faut surtout éviter les attroupements qui peuvent provoquer des débordements plus difficiles à contrôler.

 

«Le mot d'excuses le plus bidon? Quelques perles comme l'élève enlevé par les extraterrestres!»

 

Le mot d'excuses le plus bidon?

J'en ai eu quelques-uns! Peu au collège, puisqu'il y a les parents. C'est plutôt au lycée qu'il y a quelques perles : l'élève qui enterre sa troisième grand-mère, celui enlevé par des extra-terrestres, celui d'un lycée huppé qui arrive en retard le lundi matin car fatigué de son voyage à New-York ! Les étudiants majeurs sont souvent "taquins" en fin d'année scolaire et s'amusent à inventer des motifs lorsqu'il faut régulariser leurs absences. Ce qui est parfois drôle, c'est l'orthographe des motifs, dernièrement "j'ai eu une autite" !

 

Comment percevais-tu le CPE quand tu étais dans le secondaire? Et comment te sens-tu perçue aujourd'hui?

Jeune, j'étais plutôt bonne élève : moins je voyais le CPE, mieux je me portais. Avec du recul, je peux dire que le CPE n'est pas que la personne qu'on voit pour le côté négatif... À moi de prendre le temps de discuter avec tous les élèves. D'ailleurs, le plus beau compliment que j'ai reçu émane d'un collégien. Il m'a dit : "mais vous êtes partout!". Ça m'a fait plaisir, ça voulait dire que j'étais sur le terrain. 


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Commentaires : 1
  • #1

    Marc (vendredi, 07 novembre 2014 09:25)

    Le CPE est une bonne chose qui ne doit pas être de plus en plus simple avec l'évolution des moeurs. Je pense notamment aux parents qui remettent la parole des profs en question et qui les décrédibilisent à la vue des élèves...