Marija, logeuse, Dubrovnik

Marija loue des appartements à Dubrovnik, cette ville que l'on surnomme "la perle de l'Adriatique", au sud de la Croatie. Derrière un sourire hospitalier et une vie au bord des eaux turquoises, Marija s'ouvre. Pour évoquer une existence marquée par la guerre.

Qui êtes-vous Marija?
Je m'appelle Marija Vrhovac, j'ai 53 ans et je suis propriétaire des appartements Artemis à Dubrovnik. Je vis dans la même maison avec mon mari, Niska. Je suis aussi maman de deux garçons, Niko, 25 ans, et Ivan, 23 ans.

Avez-vous toujours vécu à Dubrovnik?
Oui, je suis originaire de cette ville. 

La location d'appartements à Dubrovnik constitue-t-elle votre principale activité professionnelle?
Absolument, je suis d'ailleurs aidée par ma famille dans cette activité que j'ai débutée il y a maintenant 9 ans. J'étais auparavant informaticienne, jusqu'à ce que la guerre éclate en 1991. Au mois de novembre de cette année, mes deux enfants et moi avons été contraints de fuir le pays pour rejoindre l'Italie en tant que réfugiés, via la Croix Rouge italienne. Mes deux garçons sont alors âgés de 3 mois pour le dernier et un peu plus de 2 ans pour l'aîné. L'année suivante, quand la situation s'est stabilisée à Dubrovnik, avec notamment le retour de l'eau et de l'électricité, nous avons pu rentrer à la maison. 

«J'étais informaticienne jusqu'à ce que la guerre éclate 
en 1991. Mes enfants et moi avons été contraints
de fuir le pays»

Et vous avez pu reprendre le travail?
Les années qui ont suivi ont été marquées par l'absence de travail. Les gens vivaient sur leurs économies et grâce à l'aide humanitaire. C'était aussi notre cas. À cette période, nous vivions dans la vieille maison de famille de mon mari qui avait été très endommagée pendant la guerre. Nous devions faire de gros travaux. Nous n'avions quasiment plus d'économies, nous avons donc décidé de souscrire un prêt pour reconstruire une maison, au même emplacement. Toujours sans emploi, des mensualités élevées à payer, nous avons décidé avec l'aide financière de mes parents d'aménager le rez-de-chaussée en quatre petits appartements. Un investissement qui s'est avéré judicieux puisque les touristes ont commencé à revenir à Dubrovnik, comme avant la guerre...

La location d'appartements semble être une tradition en Croatie, en témoigne le nombre florissant de plaques Apartman sur les façades des maisons particulières...
Oui, vous avez raison, le logement chez l'habitant a toujours été une tradition. Notre pays est assez magnifique avec un héritage culturel riche. Pour ces raisons, il a été prisé des touristes à travers le temps. 

Revers de la médaille, les touristes envahissent la côte... Pas trop irritant ce flux massif?
Parfois, il arrive que l'arrivée massive de touristes paralyse complètement la ville, mais nous sommes habitués à cette situation. De plus, nous sommes heureux qu'ils soient là parce que nous sommes conscients qu'ils sont bénéfiques à l'économie du pays.

«La guerre a laissé des traces profondes,
dans chacun de nous»

Des traces peu visibles, un tourisme fleurissant, pour les visiteurs il semble difficile d'imaginer que le pays a connu la guerre il y a un peu plus de vingt ans... Qu'en est-il chez les Croates? Le conflit est-il toujours dans les esprits?
La guerre a laissé de profondes traces en Croatie, dans chacun de nous. Mais la vie continue. Nous avons entamé une nouvelle page et espérons un futur plus brillant...

Justement, que vous inspire le prochain passage à l'Euro pour la Croatie?
Nous sommes conscients que l'Euro va augmenter le coût de la vie ici, comme cela s'est produit dans d'autres pays de l'Union Européenne. Mais les choses seront plus simples dans la mesure où nous sommes d'ores et déjà confrontés à l'Euro avec le tourisme. 


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Commentaires : 3
  • #1

    Nicolas (mardi, 09 septembre 2014 08:39)

    J'ai été en vacances en Croatie et c'est vrai que l'on oublie qu'il y a eu une guerre il y a si peu de temps. La mer est magnifique la-bas, tout parrait enchanté, et pourtant... Un beau témoignage.

  • #2

    Loïc (mardi, 09 septembre 2014 16:56)

    Comme le dit Nicolas, on peut oublier que la guerre est malheureusement passée par là. Cependant des vestiges, tels que des hôtels commémoratifs au bord des routes, ou encore des façades où apparaissent parfois des traces de balles, nous le rappellent au cours de notre voyage.
    Mais cela n'enlève la beauté des paysages que l'on peut y traverser.

  • #3

    Hubert (mercredi, 10 septembre 2014 22:13)

    Quel pays magnifique ! Cette femme est assez représentative de la population croate qui vit principalement grâce au tourisme. Des gens simples, gentils, accueillants et prêts à faire beaucoup pour que nous profitions au mieux des charmes de ce pays. Bien vu, Benjamin, à recommander à d'autres personnes souhaitant se dépayser et se reposer pour pas trop cher.