Jérôme, artificier, Montpellier

En été, le ciel français s’embrase pour en voir de toutes les couleurs. Rencontre sans artifice avec Jérôme…

Comment êtes-vous devenu artificier ?

À l’âge de 18 ans, par hasard. Je faisais partie d’une association de jeunes dans ma commune et on organisait la fête du 15 août. On a pris contact avec un artificier local. Comme il n’était pas disponible à cette date, il a proposé de nous former pendant un mois pour qu’on puisse tirer notre propre feu.

 

C’était un baptême du feu ou quelqu’un est venu vous épauler ?

Non, on l’a tiré tout seul! Dans l’artifice, il y a quatre catégories : K1, K2, K3 et K4. Les deux premières sont le petit artifice de commerce grand public. Des petites fusées, des petits pétards utilisables par tous. Les deux dernières sont plus réglementées. Pour tirer un feu K3, il suffit d’être majeur et d’avoir une autorisation du propriétaire du terrain. C’est le feu que j’avais tiré pour ma ville à l’époque. Enfin, pour tirer des artifices de groupe K4, il faut être agréé par une préfecture.

 

Comment obtient-on cet agrément ?

Après avoir passé une semaine dans une entreprise accréditée par la préfecture. À l’issue de celle-ci, un examen est réalisé par l’entreprise qui transfère le dossier en préfecture. Avant, l’agrément en poche, on était artificier à vie, sauf erreur en spectacle. Depuis un décret de 2010, le système a évolué : nous avons un livret à faire valider chaque année. L’une des conditions de reconduction est d’avoir tiré un feu de catégorie K4 dans l’année écoulée.

 

«Les dangers sont de moins en moins présents

mais le risque zéro n'existe pas»

 

Pour revenir à votre parcours, quand intervient votre agrément ?

Quelques mois après avoir tiré le feu d’artifice du 15 août dans ma ville. La société familiale qui m’avait formé cherchait des saisonniers pour l’été suivant. Ils m’ont appelé et j’ai commencé comme ça. Avec eux, on travaillait à trois à plein temps. Nous étions sur un feu par week-end. Sauf le 14 juillet et le 15 aout, où nous enchaînions trois feux par soir. Ce qui reste petit par rapport au marché de cette période.

 

Les dangers d’un feu d’artifice sont-ils réels ?

Ils sont de moins en moins présents mais le risque zéro n’existe pas. Quand j’ai commencé, on allumait les bombes à la main, mèche par mèche. Maintenant ce sont des feux électriques, très sûrs. Il y a un allumeur qui met le feu à chaque pièce. Tout est relié à une table de tir. Avant on était au cœur de l’action, à deux trois mètres du tir. Désormais, on peut tirer à plusieurs centaines de mètres. Le principal risque subsistant est le défaut de fabrication.

 

Avez-vous déjà vu des incidents?

Oui, pas plus tard que la semaine dernière, lors du feu de la Grande-Motte. En pyrotechnie, on tire des bombes qui montent entre 50 et 300 mètres. Et des compacts qui atteignent les 30-50 mètres. Il suffit qu’il y ait une petite poche d’air pour qu’elle explose sur place. C’est ce qui est arrivé à la Grande-Motte : une bombe avait ce défaut de fabrication et a explosé au ras du sol. Ce n’est pas dangereux avec les distances de sécurité qui sont calculées en conséquence. Car quand on tire un feu, il faut déposer un dossier en préfecture avec le plan de tirs, les calibres et les distances de sécurité. Ce dernier point est le plus scruté. Résultat, une bombe qui explose peut avoir un impact, mais un impact technique. Elle peut endommager d’autres pièces, couper des lignes électriques. Le dommage humain est, lui, rarissime. Les gros accidents qui ont eu lieu étaient liés aux bombes nautiques. Avec elles, contrairement aux bombes aériennes, le mortier est penché vers le sol, de manière à ce que la bombe soit projetée et explose dans l’eau. Si une bombe aérienne est mise à la place d’une bombe nautique et que le mortier est mal incliné, là il y a gros danger…

 

 «De 2000 à 30 000 euros le feu

pour une ville de taille moyenne»

 

L’artificier est-il un technicien ou un artiste ?

Les deux, il crée et exécute. Quelques mois avant la saison qui débute en juin, on teste les nouveaux produits. On regarde l’effet de telle fusée, on chronomètre l’effet. Sur ce, on commence à imaginer l’association de produits. Comme un fleuriste, on ajoute des couleurs, des effets, de quoi former un beau bouquet. En pleine saison, on tirera des traditionnels avec une grande liberté. Et des feux pyrosymphoniques ou pyromélodiques, calés à la seconde près sur la bande son. C’est le plus formidable à faire. C’est une partition de 15 minutes à créer et réciter.

 

Combien de fusées sont tirées par feu ?

Tout dépend du budget et du lieu. Mais pour schématiser, je dirais que sur un feu dit «catalogue» tiré dans une petite ville sur un stade de foot, on va utiliser 100-150 bombes.

 

Et combien coûte un feu ?

 Pareil, il y en a à tous les prix. On trouve des coffrets K3 à 500 euros pour 3-4 minutes de feu. En matière de grand feu K4 pour des petites et moyennes villes, on oscille entre 2000 et 30 000 euros.

 

«Entre 5 et 7 kilomètres de câbles électriques...» 


Vivez-vous de la pyrotechnie ?

Non. Hormis les grosses entreprises, c’est très difficile. Ça reste une activité périodique. Et un milieu de requins où une niche de professionnels s’adresse à un public non connaisseur. Comme des maires, des comités des fêtes. Et tous les arguments sont bons pour en mettre plein la vue bien avant le feu… Mon métier à plein temps est chef de bord à la SNCF, mais je concilie les deux l’été.

 

Contrôleur SNCF et artificier, c’est un cocktail détonnant !

C’est peu commun, c’est sûr! Après, en dehors du travail, tout le monde a ses centres d’intérêts. Même si pour moi, l’occasion d’en parler se présente moins facilement.

 

Regardez-vous encore les feux avec insouciance ou avec l’exigence du professionnel ?

Déformation professionnelle, je suis plus dans le décryptage, dans l’analyse. J’ai plus l’œil critique que l’œil d’enfant. Je connais le métier, je sais que derrière 20 minutes de spectacle, ce sont des heures et des heures de travail entre la préparation et l’installation sur site. En 2001, j’ai fait un concours international et il m’a fallu deux jours, juste pour l’installation sur site. C’était faramineux : 1200 bombes, entre 5 et 7 km de câbles électriques... Je ne peux donc pas regarder un feu sans penser à tout ça.

 


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Commentaires : 2
  • #1

    Laura (lundi, 04 août 2014 17:33)

    Super rencontre avec ce métier d'artificier qui fait rêver mais qui est dangereux. J'ai aussi vu un incident (une bombe qui explose tôt) sur un feu en région parisienne l'été dernier, depuis je suis toujours sur mes gardes. On a l'impression que rien ne peut arriver pendant ces fêtes et pourtant...

  • #2

    GG Irish guide (mardi, 05 août 2014 22:50)

    ;-) je ne savais pas que tu avais cette corde à ton arc. Par contre perso tu te poses là en inconnu de la semaine. J'ai connu des inconnus moins connus. Bons feux tout de même.