Un Renard avec les Eléphants

Grand, élancé, le teint halé, on l’appelle le sorcier ou encore la chemise blanche. Sa notoriété est telle qu’il possède sa propre définition dans le Larousse, petite sœur d’ailleurs du Guy Roux : «mammifère voisin du chien, au pelage roux, qui passe pour un chasseur très rusé». Hervé Renard, sacripant! Portrait du nouveau sélectionneur ivoirien.

Quel animal! Derrière ce physique particulier, ce museau, ce pelage, se cache à l’origine un joueur de football. De 83 à 90, avec les Cannes du néo-professionnel enthousiaste, il réalise un festival de 87 matchs sur la côte d’azur, avant de manquer la montée des marches. Direction Vallauris puis Draguignan en DH, ce dernier club tournant un court métrage d’une saison. Défenseur, pas vraiment Renard des surfaces Hervé, il totalise 3 buts en 215 matchs joués.

 

Renard, le corps beau, la fable d'un meneur d'hommes inné

 

1998 marque la fin de sa carrière de joueur, et le début d’une nouvelle aventure. Celle d’un ineffable meneur d’hommes. Ou la fable d’un meneur d’hommes inné. La Fontaine est sur ce point très clair... Maître Renard, par l’odeur d’entrainer alléché, tint à peu près ce langage : «devenir coach est joli, gérer une équipe me semble beau, sans mentir, si mon sourire fait ravages tout comme mon plumage, je peux devenir le phénix des équipes tout en bois». Fidèle à cette promesse, il commence par Draguignan. De la DH à la CFA, en deux saisons, il ne peut se cantonner à l’hexagone et rejoint l’Asie et Shanghai. Une expérience nipponne ni mauvaise, qui le conduit en 4ème division british, à Cambridge United. La crème anglaise ne prend pas. Vient alors une période de chômage, et plutôt que de faire la Manche, il la retraverse et débarque à Cherbourg, en national. Deux années riches et le début de belles complicités, à l’instar de celle avec Jean-Marc Dupraz. Croix de Savoie, Croix de fer, ils se retrouveront pour de grandes festivités!

 

Son flair de Renard le remet dans le sillage de Claude Leroy, son mentor, dont il devient l’adjoint en sélection du Ghana. Une 3ème place à la CAN plus tard, ce coup de poker mentor est gagnant : il prend la tête de l’illustre sélection Zambienne. Ces gens biens l’accueillent à bras ouverts et l'équipe devient, sous sa houlette, une vraie machine de guerre. Quart de finaliste à la CAN 2010, une sensation. Pour Renard, l’Afrique c’est chic, mais l’Afrique a ses gros hics. Il claque alors la porte de la sélection zambienne pour mieux la retrouver en 2012. Et là, sommet de sa carrière, le goupil réussit l’incroyable : championne d’Afrique! Comme un clin d’œil à ses débuts de joueur, la CAN s’offre à lui! Il décroche assurément la palme des triomphes improbables.

 

Il a fait vrombir la 207 sochalienne

 

Alors que ce succès aurait dû faire vrombir sa Carrière, Eric, ou plutôt Hervé, Renard reste en rade. Finalement, après avoir fait triompher une Renault 21 chamade à la CAN, il accepte bien volontiers en octobre 2013 les clés de la 207 sochalienne. En panne de contacts et de suspension, 19ème au classement, cabossée de toute part, pas l’ombre d’un Doubs, elle ne l’effraie pas! Il y apporte des touches successives. Constatant que le froid Sochalien est rigoureux, il relance un ex gardien international : quitte à avoir froid en hiver, autant être deux à se les Pelé... Ce sera l’attraction arrière du véhicule. Un brin de tuning devant, en apposant un aileron avant décoloré, modèle Ayew, sur la 207. Il coche enfin le nom de Corchia pour évoluer en milieu de terrain, et recrute trois zambiens. Le lionceau miaule puis rugit peu à peu, électrisé par son génial mécano.

 

La France entière découvre alors Hervé Renard, le corps beau, musclé, le sourire blanc comme sa célèbre chemise. Le début d’une remontée fantastique... Le Roy Compte-tours de la 207 explose, le mécanisme de la petite française fabriquée sur place est soumis à Roudet-preuve. À force d’accélérer, elle coule la Yaris valenciennoise. Sochaux tient bon et s’offre une finale inespérée du maintien contre Evian lors de la dernière journée. Un retourné déWasstateur et une équipe qui boit la tasse. Un grand bol d’Evian. Gloups. Claque de fin, le rideau tombe, le lion sochalien est mort ce soir.

 

Deux mois plus tard, la sélection ivoirienne se dit «Sabristi Lamouchi, c’est lui qu’il nous faut!». Un Renard prend la tête d’un éléphant, pour une équipe qui alliera flair et force. De quoi renverser l'Atlas et soulever la CAN? Le nouveau chapitre du roman de Renart ne fait que commencer…


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Commentaires : 3
  • #1

    Joris (jeudi, 31 juillet 2014 18:16)

    Article drôle et instructif, très sympa. J'adore ce coach qui va faire le plus grand bien aux Éléphants. Mais je ne crois pas à une victoire au Maroc. Trop tôt, équipe en fin de cycle.

  • #2

    lucas (samedi, 02 août 2014 11:56)

    Passer de lafontaine au champ lexical automobile pour décrire la carrière d'un type, c'est fort! Par ailleurs ce n'est pas Renault 19 chamade? À moins que j'ai loupé un jeu de mots ;)

  • #3

    leparroquet (lundi, 04 août 2014 22:19)

    Bien vu Lucas, merci : j'ai upgradé la Renault dans l'euphorie! Je te nomme consultant du site pour toute référence à la marque au losange!