Romain, ancien de la caravane publicitaire du Tour de France, Limoges

Des coureurs aux abois, la caravane passe. Préambule folklorique au passage des cyclistes, la caravane publicitaire du Tour sillonne la France. À son bord pendant sept ans, Romain raconte.

Combien de Tour de France as-tu effectué ?

J'en ai fait sept entre 2006 et 2012. Les deux premiers en tant que «caravanier», j'étais alors chauffeur de la voiture Télé 7 jours, les cinq autres comme chef de projet pour Skoda. Je gérais alors tout le projet caravane et relations publiques de la marque en agence. Un large panel de prestations marketing pour les clients et concessionnaires de Skoda, allant du village départ au suivi de l'étape en voiture voire hélicoptère pour les invités VIP.

 

Comment es-tu venu à faire le Tour une fois, puis six autres ?

J’ai toujours souhaité travailler dans le monde sportif. Le Tour est une expérience incroyable. Y goûter, c’est intégrer une grande famille, dont il est difficile de se séparer!

 

Y-a-t-il un casting pour intégrer la caravane publicitaire du tour de France?

C'est plus une sélection. Les castings existent pour recruter les hôtesses protocolaires. Là, on est dans le mannequinat. Pour intégrer la caravane, c'est un recrutement assez classique. Dans un premier temps, il faut envoyer son CV et sa lettre de motivation aux marques présentes sur le Tour ou à leurs agences de communication événementielle. Ce sont ces dernières qui recrutent pour leur client. Cette étape intervient en décembre. Ensuite, la candidature est étudiée par l'agence. Dans la mienne, nous recevions environ 600 candidatures. Une centaine était présélectionnée puis reçue, par petits groupes, par un jury de cinq personnes en mars. La sélection s’effectuait sous forme d'entretiens collectifs. À l'issue de cette phase, 50 candidatures étaient retenues, présentées ensuite aux clients. Les cinquante venaient se greffer aux anciens de la caravane reconduits, 250 personnes pour nos dix clients déjà présents les années précédentes. Chaque année, nous partions donc sur le Tour à 300 pour dix clients, soit un renouvellement de 17%, lié à un turnover chez les étudiants ou ceux qui n’apportaient plus satisfaction.

 

«rouler à 20 km/h pendant 6-7 heures est très usant»

 

Sur quels critères les marques choisissent-elles leurs ambassadeurs sur la caravane ?

L'âge est un critère éliminatoire. L’âge légal pour intégrer la caravane est minimum 20 ans et deux ans de permis de conduire pour les chauffeurs, 18 ans pour les hôtesses. De manière générale, les candidats doivent être volontaires, positifs et dégourdis. Dès la sélection opérée par l'agence, il y a la validation du client. Tous les futurs caravaniers et représentants de la marque sur le Tour sont reçus individuellement par le client. Il expose ses valeurs, l'image de marque qu'il souhaite diffuser et s'intéresse au caravanier. Le client peut refuser un candidat mais c'est très rare. Avec les phases de sélection, il y a déjà eu un tri important. Et puis, pour dire la vérité, beaucoup de candidats retenus ont été fortement recommandés préalablement par le client lui-même...

 

C'est quoi une journée type d'un caravanier ?

Sur une étape classique, le lever est tôt, vers 6h30. Nous nous rendons vers le parking caravane, en passant par le PPO (Point de Passage Obligatoire), situé souvent à une bonne heure de l'hôtel. Il faut savoir que les coureurs et les médias sont logés prioritairement au plus près du départ. Pour notre part, nous cherchons à proximité, en fonction des disponibilités. Une fois sur le parking, on se place selon l'ordre établi par ASO (société organisatrice du Tour ndlr) et on procède à l'ultime nettoyage du véhicule, au chiffon. Il doit être clinquant. Derrière, on part chercher le panier repas que l'on mangera dans le véhicule pendant l'étape. Il n'y a pas d'arrêt, un seul est toléré pour satisfaire un besoin naturel. Nous rallions le kilomètre zéro et commençons l'étape vers 10h30, que nous parcourrons à une vitesse moyenne de 20 km/h. Rouler à vitesse très lente pendant 6-7 heures, c'est très usant. Un hélicoptère suit la caravane et cale notre rythme sur celui des coureurs : nous devons être à une heure de la course. Si elle va plus vite, il faut accélérer en respectant les limitations. Fin de l'étape vers 16h30-17h. Direction l’hôtel et une nouvelle heure de route. On recharge les goodies pour le lendemain avant d'effectuer un gros nettoyage du véhicule. Karcher, aspirateur. On se pose enfin à l'hôtel pour un briefing de l'étape du lendemain. Nous dînons à 20h et veillons jusqu'à 23h. Et le lendemain, c'est reparti. Nous devons tenir quatre semaines à ce rythme.

 

«le Tour, c'est un peu une colonie pour adultes...»

 

Les fiestas dans la caravane, c'est un mythe ?

Avant il y avait beaucoup de soirées caravanes. Presque tous les soirs! Quand j'ai commencé, on attaquait dès le premier jour avec des fêtes incroyables. Ça a été limité par ASO à une ou deux, la veille des jours de repos. Désormais il y a même des contrôles inopinés alcool et drogue le matin. Alcool zéro exigé. À 0,1g on ne prend pas le départ. Il y a une telle responsabilité avec les enfants sur le bord de la route, la caravane n'a pas le droit à l'erreur… La seule énorme fête maintenant est celle du dernier jour. Ce qui n'empêche pas les rapprochements entre jeunes le reste du temps... Le Tour, c'est un peu une colonie pour adultes. La première semaine on se regarde. La deuxième on s'engueule avec son compagnon ou sa compagne ou à défaut ses amis et famille par téléphone qui ne comprennent pas ce que l’on vit. Et la troisième semaine, on conclut! Le Tour en caravane, c'est du non-stop. Un mois en chambre avec quelqu'un, en voiture toute une journée avec d'autres et cette foule au quotidien. C'est une expérience de vie unique. Et au bout d'un mois, tout s'arrête net.

 

Comment le public se comporte avec vous sur le bord des routes ?

C'est un public familial venu voir les coureurs mais aussi la caravane. Après, il y a toujours des adultes qui poussent les enfants à prendre le plus de cadeaux... Pas mal de caravaniers se font insulter, le public pense souvent que le cadeau est un dû. Or les quantités ne permettent pas de donner un goodies à tout le monde. Des «radin !» et autres noms fusent souvent... C'est le reflet de la société. En parlant cadeaux, nous sommes formés à les envoyer : quand il n'y a pas de barrière nous devons lancer aux pieds, quand il y a une barrière au-dessus. Il faut s'adapter aux objets : avec Télé 7  jours, on distribuait des jeux de cartes, il fallait veiller à ne pas blesser les gens.

 

Croisez-vous les coureurs, journalistes et autres membres du Tour de France ?

Très peu. Si on aime le cyclisme et que l’on fait le Tour pour assouvir cette passion, la déception est au rendez-vous. Devant la télé, on suit bien mieux la compétition! La caravane c'est une course dans la course. En parallèle. Dans le recrutement des caravaniers, mettre en avant sa passion pour le vélo est un point négatif d'ailleurs.

 

Au final, ça rapporte de lancer des bonbons ou saucissons  voire jeux de cartes?

Financièrement? Nous sommes payés au SMIC. Nous sommes logés, nourris, blanchis. Ce n'est que de l'argent de poche car tout est payé pendant un mois. Le Tour au final est une expérience humaine très riche, intense, une vie de fou. Et ce n’est pas inintéressant sur le plan financier.

 


Pour en savoir +:  la caravane en chiffres*

10 millions de spectateurs.

La route du Tour, un déplacement motivé par la caravane (42%).

34 marques.

160 véhicules.

12 kilomètres de défilé.

14 millions de cadeaux distribués.

*source ASO-TNS 2012


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Commentaires : 6
  • #1

    Jérémy (lundi, 21 juillet 2014 19:15)

    Sympa cette découverte d'un univers dont on sait peu de choses. Ça a l'air usant, dans tous les sens du terme...!

  • #2

    lucas (lundi, 21 juillet 2014 20:51)

    Interview très sympa pour une activité que l'on évoque pour ainsi dire, jamais!

  • #3

    Valérie (lundi, 21 juillet 2014 21:22)

    Merci de nous avoir fait découvrir l'envers du décor du tour de France, très intéressant.

  • #4

    Estelle (mardi, 22 juillet 2014 02:08)

    ça donnerait envie de revivre cette expérience inoubliable!
    Merci pour ce bel article!

  • #5

    Hubert (mardi, 05 août 2014 22:33)

    Continue à nous surprendre avec les envers des décors. Il y a peu d'endroits qui permettent de les découvrir de manière aussi passionnante.

  • #6

    labbe nikey (vendredi, 07 novembre 2014 20:20)

    bonsoir nous decouvrons les routes du tour depuis bernard hinault laurent jalabert marco pantani joop zoetemelk laurent fignon avec les decors des endroits magnifiques avec notre camping car l;evolution et aussi immense depuis toutes ces annees toutefois le reve existe toujours avec maintenant notre passion pour TOUTEl;equipe COFIDIS DONT L?ANNIMATION DE VALERIE ET FRANCK